« Ouistreham » d'Emmanuel Carrère, librement adapté, comme il est écrit, de l'oeuvre « Le quai de Ouistreham » de Florence Aubenas, récit paru en 2010, que j'avais lu à l'époque. Vous savez sans doute que Florence Aubenas, journaliste écrivaine avait rejoint une équipe d'agents de propreté, travaillant aussi durement qu'eux pour ainsi pouvoir témoigner en toute connaissance, des conditions de travail très pénibles de ces femmes.
Emmanuel Carrère garde l'ossature de ce témoignage mais en modifie profondément la fin, nous questionnant de façon très intéressante quoiqu'assez inconfortable sur les relations qui peuvent exister entre deux êtres de condition sociale bien différente...
Carrère est écrivain et vous connaissez certainement quelques uns de ses écrits (romans, récits essais...) dont certains ont été adaptés au cinéma (« La classe de neige » par Claude Miller ou « L'adversaire » par Nicole Garcia).
« Ouistreham » est sont deuxième long métrage de fiction après « La moustache » en 2005 avec Vincent Lindon et Emmanuelle Devos, qu'il avait adapté de son troisième roman éponyme, paru en 1986.
« Ouistreham » comme de livre de Florence Aubenas, est très édifiant. Cependant, je trouve que l'image transcende l'écrit par l'émotion qu'elle dégage de manière plus perceptible. Juliette Binoche incarne parfaitement Florence Aubenas et il y a entre les deux femmes une ressemblance dans l'expression de leur humanité qui confine au mimétisme. Les autres protagonistes, six actrices et un acteur non professionnels, tiennent toute leur place et m'ont impressionné par la qualité de leur interprétation. Ce film d'une grande justesse accorde un large espace à la solidarité, la sororité même qui maintiennent ces femmes dans une dignité admirable. Je me suis quand même demandé si tout cela n'était pas un peu trop idéal, mais il est vrai que les liens sont plus solides quand il y va de la santé mentale de tout un groupe.