« Les feuilles mortes », prix du jury au dernier festival de Cannes, d’Aki Kaurismäki, certainement le plus connu des cinéastes finlandais et qui jouit d’une renommée internationale. C’est amplement mérité tant son talent est grand, en plus d’être original. Supprimons son nom du générique de ses films, ceux-ci seront néanmoins rapidement identifiables.
Après six ans d’absence, Kaurismäki montre toujours une empathie humaniste pour les gens simples et modestes, souvent seuls et laissés pour compte, qui se débattent dans les rets d’une mondialisation libérale qui considère l’humain uniquement comme une machine à produire en attendant la robotisation des tâches qui lui sont confiées. Ce n’est pas joyeux mais Kaurismäki a le don de distiller dans ses œuvres un humour décalé, froid, autrement dit pince-sans-rire.
C’est bien sûr le cas dans « Les feuilles mortes » qui raconte la rencontre de deux de ces êtres évoqués plus haut. Les décors la plupart du temps nocturnes, datés voire vintages années 1950, impriment une atmosphère presque surréaliste. Nonobstant cela, ce film s’inscrit bien dans les préoccupations actuelles. Les personnages ont l’air de s’ennuyer ferme, de souffrir même, non pas de jouer, mais de vivre leur vie, conscients et lucides de leur avenir morose – voir les nombreux plans fixes sur les visages impassibles et résignés. Je l’ai dit, malgré son pessimisme éclairé, Kaurismäki use d’un humour qui lui est propre et que j’aime beaucoup. A cet effet, le point d’orgue est me semble-t-il atteint avec l’interprétation de Matti Onnismaa dans le rôle du copain d’usine de Holappa, premier rôle masculin de ce très beau film.