« Les graines du figuier sauvage » film iranien de Mohammad Rasoulof. Nous avons tous entendu parler du mouvement « Femmes, Vie, Liberté » mené par des femmes iraniennes qui manifestent contre la dictature des mollahs.
Le film nous parle bien évidemment de cela et commence d’une façon plutôt classique à travers une famille de la petite bourgeoisie téhéranaise dont les filles se révoltent contre l’autorité paternelle incarnée par le chef de famille dont la carrière est promise à un avenir certes brillant, au service du pouvoir…
Après cet état des faits qui bouscule notre confort d’occidentaux, notamment au cours d’une scène très dure qui nous montre le visage ruiné d’une jeune étudiante, le film bascule vers le thriller familial, pour se terminer en une sorte de western dans un village fantôme, qui peut symboliser la décomposition d’un pays en proie à l’autoritarisme débridé de quelques uns.
C’est un film magistral, brillamment interprété, parsemé d'images clandestines, d’autant plus méritoire que Rasoulof a dû utiliser toutes sortes de ruses afin de pouvoir montrer cette œuvre au monde. Le dernier festival de Cannes ne s’y est pas trompé, lui attribuant le prix spécial du jury. Si les médias se font l’écho de ce qui se passe en Iran, la vue de ce long métrage nous informe d’une façon puissante, chargée d’émotion. Voir cette scène ahurissante se déroulant chez un psychologue qui en dit long sur l"emprise exercée sur les femmes!
Je considère Mohammad Rasoulof comme le cinéaste iranien le plus important, peut être le plus engagé, engagement qui l’a contraint à s’exiler en Allemagne depuis le printemps dernier. Gageons que ce retrait n’entamera pas sa volonté de témoigner encore, utilisant le cinéma comme vecteur artistique d’une forme de résistance.
PS : j’avais vu ses deux films précédents « Un homme intègre » (2017) et « Le diable n’existe pas » (2020) tout aussi magistraux.